
Situé sur l’axe Kribi – Lolabé, c’est un village appartenant au Canton Mabi-Sud qui, après avoir vu une partie de son patrimoine foncier absorbé par le domaine attribué au nouveau port en eaux profondes de Kribi, voit son existence progressivement aspirée par l’activité de ce complexe économique.
Même s’il n’y reste plus que quelques âmes vivantes là-bas aujourd’hui, il n’en est pas moins vrai que Bushibiliga fut jadis un important pôle d’activités et un lieu digne d’un grand intérêt. Pourquoi le disons-nous ?
Parce que cette localité est un lieu plein d’Histoire. Durant la période précoloniale, c’est un des villages fondés pendant la migration qui conduisit le peuple Mabi de l’Adamaoua jusqu’à l’océan Atlantique. Et c’est à cette période qu’il prend ce nom qu’il porte jusqu’à ce jour.
Il est établi que les Kwasio en général et les Mabi antiques en particulier étaient de grands chasseurs d’éléphants. Qu’avec le négoce transsaharien de l’ivoire, c’est la principale activité qu’ils ont menée à travers les âges, au gré de leurs migrations. Que la région kribienne, leur lieu d’établissement définitif au XVème siècle, pullulait de troupeaux d’éléphants. Qu’il y en avait tellement qu’on en trouvait sur les plages. Que les chasseurs Mabi étaient passés maitres dans leur activité au point d’inventer diverses méthodes et techniques de chasse ou de capture de ces pachydermes.
Le nom Bushibiliga est d’ailleurs issu d’une de ces techniques de chasse à l’éléphant. En effet, le village a un relief quelque peu accidenté. Il est en réalité une longue pente qui part de la forêt et qui s’achève en contrebas sur la mer. Que faisaient les membres de la confrérie des chasseurs ? Par diverses méthodes, ils effrayaient les troupeaux d’éléphants qui, affolés, étaient pourchassés. Dans leur fuite, ils dévalaient la pente à grandes vitesses et, de leurs larges et lourdes pattes, défonçaient au passage le sol meuble avant de s’écrouler. Certains pachydermes qui fuyaient, se retrouvaient dans la mer où ils étaient achevés par les chasseurs.
De ces scènes, le village prit donc le nom qui vient de « bu » (casser, défoncer) ; « shi » (terre, sol) ; « liga » (s’écrouler, se renverser, s’effondrer, tomber). Cela donna Bushibiliga qui signifie « défoncer le sol et s’écrouler ».
Pendant la période allemande à Kribi (1887-1916), Bushibiliga paya un lourd tribut sur l’autel de la défense de la souveraineté et la liberté des Mabi sur leurs terres. Une écrasante majorité de ses habitants fut exterminée durant le génocide allemand et il ne resta plus que le peuplement résiduel qu’on trouve encore de nos jours et qui n’a pas permis au village de se relever. Aujourd’hui, les éléphants ne sont plus qu’un lointain souvenir, mais le village garde son nom, ses belles plages et ses pêcheurs.