
Si tu es Camerounais... tu dois savoir une chose. Sur l'une des plus belles plages de ton pays... un peuple entier a failli disparaître. Quatre-vingt-dix pour cent exterminés en moins d'une génération. Et on ne te l'a jamais dit à l'école.
Cette plage, c'est Kribi. Sable fin. Cocotiers. Océan bleu. Les touristes adorent. Mais sous le sable... il y a une histoire qu'on ne raconte pas.
La tradition raconte que les Mabi, un peuple de migrants venus de la Haute Égypte, cheminant à travers la forêt, aurait atteint la mer en 1468. Il fonde alors le village « MASSA'A » qui signifie « nouveau site d'habitation » qui deviendra plus tard Kribi. Ils sont rejoints plus tard par leurs frères les Banoh et les Bapuku formant une famille côtière au bord de l'océan
Puis viennent les bateaux négriers. Massa'a devient un endroit maudit. Les hommes et les femmes capturés à l'intérieur du pays y sont entassés avant d'être embarqués pour toujours pour les Amériques.

En 1848, l'esclavage est aboli. Les peuples de la côte pleurent de joie et fêtent la fin des razzia négrières. Ils donnent alors à ce lieu un nouveau nom : « KI LÈ BI » qui signifie « on ne capture plus ». Une promesse.
Mais en 1887, les Allemands vont arriver. Et ils ne savent pas prononcer « ki lè bi ». Dans leur bouche, ça devient... KRIBI.
Les navires allemands débarquent. Kribi tombe en une journée. Ils en font leur base pour conquérir tout le sud, le Centre et l’Est du Cameroun et imposer l’ordre colonial brutal.
Mais les Mabi ne plient pas. Leur roi hésite — trop mou, trop prudent. Alors le chef Biang de Mayessè prend les devants. A cause de sa puissant, son charisme et son influence, les allemands le nomment King Mayessè. Il lance le soulèvement à la place du roi. En 1892, les Bakoko rejoignent les Mabi. Des mois de guerre. Des milliers de morts. Des villages bombardés, rasés et brulés.

22 mars 1893. King Mayessè est arrêté, pendu et décapité. Sa tête est mise dans une caisse. Embarquée dans un bateau. Direction : l'Allemagne. Un trophée. Elle ne reviendra jamais. Le 06 mai 1893, par l’officier KANZLER WEHLAN, l’Allemagne impose un traité de paix humiliant aux Mabi où il est écrit : « nous reconnaissons nos torts dans toute leur étendue ». Tort qu’un peuple de NOIRS ose dire NON à l’Allemagne impériale.
Mais la résistance revient. Vague après vague. 1899 puis 1908 et 1915. Chaque fois, on abat les chefs. Chaque fois, on brûle les villages et massacre les populations.
Et en décembre 1915, l’esplanade de la grande chefferie de MANDOUA (appelée ainsi à cause du grand nombre de manguiers qu’on y trouvait), en une seule journée l'armée allemande encercla près de DIX MILLE réfugiés Mabi fuyant les massacres dans leurs villages. Elle ouvrit le feu à l'arme lourde. Un carnage. Pendant des jours et à perte de vue, des corps en putréfaction à ciel ouvert, suivi d’un envahissement des mouches. La mémoire collective se souvient de cet évènement qui sépara à jamais des familles et des collectivités entières comme étant le MAKÔ'ÔLA MA NTUNGA NZAMBI pour bien montrer que la séparation s’était produite chez le roi NTUNGA NZAMBI.
Les rares survivants de cette tragédie nommèrent d’abord ce lieu BONDJUNG VIA (des mouches à la pelle) puis un terme s’imposa : « MAKÔ'ÔLA »... c’est-à-dire « la grande séparation ». Par déformation phonétique, cet endroit est aujourd'hui le quartier appelé Mokolo de Kribi. Et les populations qui y vivent marchent sur des fosses communes. Sans le savoir.
En vingt-huit ans de présence allemande, les peuples de Kribi perdent des milliers de vies. Les Mabi, à eux seuls, sont décimés à QUATRE-VINGT-DIX pour cent de leur population. Jusqu'à ce jour, ils demandent à être reconnus comme victimes d'un génocide de la part des Allemands.
Aujourd'hui, Kribi est une ville balnéaire. Les touristes repartent avec des photos de l'océan. Mais sous le sable... il y a un nom qu'on a oublié. Ki lè bi. On ne capture plus. Une promesse faite par des peuples qui ont été effacés juste après.
La ville assiste tous les ans à la célébration de 3 festivals :
• le 14 février, à travers le FEBRUARY, les BAPUKU commémorent leur retour d’évacuation au Sud-Ouest en 1916
• le 09 mai au MAYI, c’est au tour des Banôh de se souvenir de leur retour à Kribi en 1916 après leur mise à l’abri au Sud-Ouest en 1914-1916
• Le 15 décembre c’est le festival « NGUMA MABI » au cours duquel le peuple Mabi célèbre sa double culture forestière et marine
Les trois festivals donnent lieu à des foires, défilés et réjouissances populaires de toutes sortes.
La prochaine fois que tu verras une carte postale de Kribi... tu sauras ce qu'il y a derrière l'image.