Parole au Chef du village, Sa Majesté BIANG Yves qui nous parle de l’origine et l’histoire de cette bourgade devenue aujourd’hui un quartier de Kribi.

« Bibambi est l’un des rares village Mabi à ne pas avoir été créé lors de la migration du peuple Kwasio et son installation au bord de l’atlantique. Il fut créé par un habitant de Londji dont le nom ne nous est pas parvenu mais dont nous savons qu’il était physiquement d’une laideur légendaire. Mais paradoxalement, malgré cette nature désavantageuse, il était très travailleur et polygame, marié à de très belles femmes. Comme cela arrive souvent, de très jeunes et beaux garçons du village et même ses neveux et cousins se mirent à tourner en permanence autour de ses femmes et à les courtiser. Cette situation le gênait beaucoup d’autant plus qu’elle causait régulièrement de gros scandales et des problèmes qui menaçaient la paix dans le village.
Alors inquiet de voir la famille se disloquer mais aussi de perdre ses femmes, notre homme décida de quitter le village Londji. Il alla s’installer dans un coin de forêt non loin de là où il avait ses plantations. Un peu comme pour se moquer, les autres appelèrent ce lieu « biba bi mbi » c’est-à-dire « les inquiétudes du laid ».
Je vous parle d’une époque très reculée où, à cause de la traite négrière et ses razzias, les villages s’étaient plutôt retirés dans la forêt, à trois ou cinq kilomètres de leurs sites actuels. Les gens n’allaient à la plage que pour la pêche et les rites. C’est en 1905 que les allemands forcèrent les populations pour mieux les contrôler, à quitter la forêt et à venir s’installer le long de la route Edéa-Kribi nouvellement créée.
Le laid et sa famille vivant là-bas seul au départ, furent rejoint plus tard par d’autres familles d’autres clans. Progressivement, « biba bi mbi » fut réduit dans les usages par « Bibambi » qui resta jusqu’à ce jour. A cause de ces circonstances, c’est un des rares village Mabi à ne pas avoir été créé autour d’un cours d’eau. Il n’y a pas de rivière bibambi, portant le même nom que le village comme faisaient nos ancêtres.
Au début du 19ème siècle, quelques clans Bapuku appartenant à ce peuple de grands marins, débarquèrent dans la partie maritime du village, s’y installèrent en partie et, la syntaxe de leur langue aidant, le toponyme qu’ils trouvèrent devinrent dans leur bouche, Bébambwè. Comme ce fut le cas des dizaines de fois, c’est la prononciation des habitants de la plage par où les Blancs arrivaient, que les allemands adoptèrent comme nom officiel. Les français et le Cameroun indépendant gardèrent cet état de fait. Mais en langue mabi ça se dit Bibambi. C’est un village devenu cosmopolite et appelé à un bel avenir. Nous gardons cependant en mémoire comme une blessure inguérissable, le souvenir de l’extermination de nos ancêtres ici lors du génocide commis sur les Mabi par les allemands de 1893 à 1915. Ce génocide dépeupla considérablement le village qui ne s’en releva pas ».