MPOERNGU, mais quelle histoire !

C’est un village historique devenu quartier de 2000 hectares, peuplé d’environ 3000 âmes. Tout ici rappelle l’Histoire.


D’abord celle de la migration qui conduit ici le peuple venu de la vallée du Nil et le nom qu’il donne à ce lieu où pullulaient des sangliers dévastateurs de champs : en langue kwasio (mabi, mbvumbo, bisio et makina), mpoer = laboure ; ngu = sanglier. Le nom du village signifie donc « laboure de sanglier ».


Même les rivières qui le traversent (Kienké, Pembo Minkale, Naliah, Nawiwii, Natoro et Mawa) et les collines qui le bordent (Koudoum-Koudoum et Nkouli Bitoumbi) ont des noms commémoratifs et une étymologie qui renvoient à l’Histoire et à la langue kwasio.


Les sept clans fondateurs du village (Nti, Sabimbèlè, Sabuaga, Saguièguiè, Biwuèlè, Sambi et Sanzoer) rappellent eux aussi la migration antique du peuple où divers clans évoluaient ensemble et s’installaient par affinités. L’environnement d’origine, celui d’une forêt adossée au fleuve et surplombant la mer, était propice à l’agriculture à la chasse et à la pêche fluviale et maritime qui occupaient les villageois.


Jadis, Mpoerngu partait de l’actuel pont de la Kienké jusqu’à la limite avec Lendi. C’est au XIXème siècle que, converti au christianisme, Jack Massamang le Chef d’alors issu du clan Nti, offrit à la congrégation catholique des Pallotins les terres qui abritent aujourd’hui la cathédrale, le cimetière et toutes les installations de l’église. Monseigneur Heinrich Vietter, préfet apostolique d’alors le réfute en affirmant que les terres furent plutôt achetées à Jack Massamang « le 24 septembre 1891 (…) au prix total de 260 marks ». Qu’importe, ce fut la première réduction de territoire. 


La seconde fut en 1982, la partition administrative du village en deux entités, donnant naissance au quartier Talla (jadis Tara qui signifie « à côté, à l’écart »). C’est là qu’à la fin du XIXème siècle, les autochtones de Mpoerngu installaient les allogènes qui prenaient pour femmes les filles du village.


Beaucoup à Mpoerngu ont oublié les grands désastres que la colonisation a infligé à ce village. En 1893, pour forcer le puissant résistant King Mayessè à se rendre aux Allemands, le capitaine et très sanguinaire Kanzler Wehlan y massacra des centaines de paisibles villageois. En 1900, à la suite de la révolte Bulu menée par Oba’a Mbeti, le Baron Curt Von Malsen  accusa les gens d’ici de complicité avec les Bulu et ordonna un massacre qui décima la population. Mais Mpoerngu se souvient comme hier des évènements qui font sa fierté tels en 1953, l’ordination de son fils l’Abbé Etienne Manduo, premier prêtre catholique indigène de la région de Kribi ; la construction de la première école catholique par les pallotins ; l’inauguration du pipeline Tchad-Cameroun (2003) avec l’accueil de plus de dix Chefs d’Etats ; la construction de l’Enieg de Kribi.