LA RESTITUTION 

DES BIENS CULTURELS 

Pendant les colonisations allemande (1884-1916) et française (1916-1960), le pays Mabi a subi outre la violence physique qui a abouti au génocide qui l’a dépeuplé à 90% mais a dans le même temps été victime de la plus grande attaque civilisationnelle systématique qui a provoqué l’effondrement de son organisation culturelle et son système religieux. Les Mabi pratiquaient le Byeri, une religion dont la confection des objets liturgiques a vu émerger le sous-style sculptural Mabi lequel a donné naissance à des objets parmi les plus emblématiques de l’art rituel négro-africain. Les 76 ans de l’occupation coloniale du Cameroun ont été marqués au pays Mabi par le pillage systématique et à grande échelle de ces objets, laissant le pays exsangue. Arrachés, confisqués ou volés, des centaines de milliers d’objets cultuels prirent le chemin de l’Europe et peuplent aujourd’hui les plus grands musées du monde occidental. L’essentiel des sculpteurs tué pendant le génocide, les objets cultuels pillés, les religions de la chrétienté imposés de force, en moins d’une génération, la religion Byeri tomba en désuétude dans le pays Mabi. Aujourd’hui, le peuple Mabi réclame la restitution de ces biens qui lui ont été arrachés ainsi que des restes humains de ses dignitaires emportés en Europe.

LE BYERI

C’est la religion pratiquée par les Mabi d’antan. Peuple monothéiste et totémiste, la vision du monde des Mabi était le socle théorique, conceptuel et opérationnel sur lequel s’est construite et reposait leur religion. Ayant pendant des siècles traversé la moitié de l’Afrique pour s’installer au bord de l’atlantique, pris en étau entre la forêt et la mer, entre les peuples dits de la grotte (Bakoko et Bassa) au Nord, les pahouins à l’Est, les Ndowè, le Banoh, les Bapuku et les Batanga à l’Ouest et dans le voisinage immédiat, les conditions géographiques, sociologiques et historiques étaient réunies pour l’émergence d’un syncrétisme de la pensée religieuse dont les cultes des Giung (ou jengu) et du Byeri étaient les parfaites illustrations. Le premier fut une pratique complémentaire mais la principale religion était le Byeri. Elle rythmait la vie du peuple tant sur les plans collectifs qu’individuels et nécessitait le respect scrupuleux des rites et des interdits.


D’essence ésotérique, hautement spirite et mystique, le Byeri se rattachait tant au culte des ancêtres qu’à tous les objets qui faisaient partie de sa liturgie. Les Mabi disaient connaitre nzambi, dieu suprême à qui et on attribuait le mérite de certains hauts faits. Mais quand on voulait obtenir quelque chose de lui, on faisait plutôt des requêtes aux ancêtres dans le cadre de ce culte. Sa pratique intégrait la possession d’un certain nombre d’éléments tels : les chants et danses, des décoctions d’écorces spéciales, un cours d’eau appelé nguia byeri, les reliques (ossements) de l’ancêtre, un reliquaire appelé nshieu byeri et la statuette appelée de manière générique mbvundi malandè (mbvundi = simple sculpture ; landè = charge spirituelle incorporée dans la sculpture). Les figures qui représentaient soit l’individu tout entier (mbvundi byeri) soit seulement la tête (nlou byeri) dont la hampe était fichée dans le couvercle du reliquaire, ressortaient les traits physiques ou les attributs de l’ascendant pour lequel elles étaient sculptées.


La pratique du Byeri fut interdite par l’administration coloniale, les contrevenant étant arrêtés, emprisonnés et souvent exécutés. Mais convoités, ses objets furent arrachés, confisqués et pillés par les administrateurs et les églises de la chrétienté qui les transférèrent tous en Europe. La plupart sont aujourd’hui la propriété des musées et des collectionneurs occidentaux.
La seconde attaque fut celle de la fausse « christianisation » des Mabi. Les adultes ayant été forcés de se convertir aux religions de la chrétienté et la conversion des jeunes étant plus subtile à travers l’école, la pratique du Byeri déclina presque complètement à la fin des années 1960.


Commencée en 1887, il ne fallut pas un siècle pour que la guerre contre le Byeri se solde par sa défaite. Typiquement, on ne pouvait pas dissocier le culte Biery de son art. La religion et l’art ne faisaient qu’un. C’est pourquoi lorsque la pratique du culte a décliné, la disparition des artistes aussi s’est amorcée. Le pays Mabi qui disposait d’un sculpteur par famille n’en a plus que quelques-uns.
La King Mayessè Foundation quant à elle est le mandataire du peuple Mabi et le représente dans toutes les entreprises visant la restitution et la conservation de ce patrimoine illégalement exporté.  

 

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LA RESTITUTION DES RESTES HUMAINS

Toute la période de l’occupation allemande du Cameroun qui a duré 29 années à Kribi (de 1887 à 1916) avait pour principale caractéristique une résistance farouche du peuple Mabi qui a fini par subir un effroyable génocide commis par l’occupant. La conséquence de ces massacres à grande échelle de civils est la présence encore aujourd’hui des restes humains d’origines Mabi dans les collections de plusieurs Musées et Universités en Europe et aux USA. Le peuple Mabi réclame donc en premier lieu  la restitution des restes de trois de ses chefs-résistants exécutés le 26 mars 1893 à Luma par le peloton dirigé par l’officier Kanzler Wehlan. Il s’agit de Biang Bwô Mbumbô dit King Mayessè et ses deux compagnons de combat que sont Nagiang Kwamba (chef de King Massilè) et Biwèh Nagia (chef de Mbienguiè). Exécutés par la soldatesque coloniale, ils furent décapités et leurs têtes emportées en Allemagne où elles sont toujours. Le peuple Mabi réclame la restitution de leurs têtes afin de leur donner enfin un enterrement digne des personnages imminents qu’ils étaient, pour que leurs âmes trouvent enfin le repos.

 

 

Le King MAYESSE