Par Sylvain Mboum Nzambi
C’est un proverbe que beaucoup de Mabi et de Kwasio prononcent souvent, ont déjà entendu prononcer ou entendent prononcer tout le temps. En essayant de le traduire mot à mot, on obtient ceci : c’est le propriétaire du nfàng qui le rend « ngangung ».
Les termes nfang et ngangung n’ayant pas d’équivalent en français, il est manifestement impossible de les traduire. L’on est donc obligé d’en rechercher le sens, ce que l’on veut dire par là. Ce proverbe peut donc être traduit par : « c’est le propriét,aire d’une chose qui lui donne importance, puissance et respectabilité ».
Bien que comprenant à peu près la signification, nous avons voulu comprendre le sens de ses deux termes clés que sont nfàng et ngangung ainsi que le contexte d’origine de ce proverbe. Pour cela, nous avons rencontré Wolly Pierre, le patriarche Sabama de regrettée mémoire. Ci-après l’explication qu’il nous a donné le 10 août 2014 à Kribi.
Il a commencé par nous parler des Mabi d’antan qui pratiquaient le culte Byeri et se servaient des sculptures : « lorsque la sculpture (mbvundi) était produite, (…) elle était chargée spirituellement après prononciation des paroles consacrées. On disait qu’on y mettait un landè. C’est alors qu’elle devenait un mbvundi malandè c’est-à-dire une sculpture à laquelle on prête une force, un fétiche appartenant collectivement à la communauté lignagère, clanique ou tribale tout entière ».
Il nous a ensuite raconté l’histoire de Biang Bwô Mbumbô dit King Mayessè tué le 23 mars 1893 par les Allemands en nous disant qu’il serait « né avec un nfàng posé en dessous de sa pomme d’Adam et relié à une fine corde attachée autour de son cou ». Ce nfàng serait à l’origine de son charisme et de sa force légendaire.
Alors qu’est-ce qu’un nfàng ? « C’est une sorte de fétiche miniature de la taille d’un bouchon de bière. Le nfàng diffère du landè en ce qu’il appartient à un individu alors que le landè est un fétiche collectif dédié et sensé être opérant pour le compte du lignage ou du clan. Quand son propriétaire l’utilise en respectant les lois, contraintes et interdits y relatifs, il augmente sa puissance et le nfàng devient un fétiche de niveau supérieur qu’on appelle ngangung. D’où le proverbe « mèri ma nfàng wè ziri nwô ngangung » ».
C’est donc un proverbe qui tire ses origines du dispositif de la religion et de la spiritualité des Mabi d’antan dans laquelle l’individu, le clan et la tribu entière avaient une protection, chacun à son niveau. Dans sa hiérarchie, on trouvait par ordre de puissance de la force supposée y opérer, au bas de l’échelle le nfàng, au stade intermédiaire le landè et au sommet, le ngangung qui est un fétiche supérieur détenu par des hommes puissants comme le nlu ngui qui agit pour le bien de toute la tribu.
Pour plus de détail confer l’ouvrage : Les Mabi de Kribi. Du génocide à l’ethnocide : histoire et culture meurtries. AFREDIT, Yaoundé, 2022, 303 pages.