À la découverte de MPULUNGU

Situé à 10 kilomètres du centre de Kribi sur la route d’Edéa, Mpulungu est un village Mabi territorialement profond d’une vingtaine de kilomètres à partir de la mer. Sa fondation est aussi vieille que l’arrivée au bord de la mer à la fin du XIVème siècle des premières colonnes de la migration Mabi. Selon le notable Bibanga Mathieu, « les clans migraient à travers la forêt en commun via les alliances affinitaires. Certains clans suivaient d’autres qui étaient plus puissants car à cette époque, avec les guerres et la cruauté, il y a des clans qui protégeaient ou cachaient d’autres. C’est donc de cette manière que les villages se fondaient dans la forêt et c’est ainsi que nos ancêtres sont arrivés ici et ont appelé cet endroit et sa rivière ‘mpulungu’ ».


C’est un nom qui vient du relief du site. Ils constatèrent que le territoire était très accidenté et escarpé au point où la rivière est une longue cascade. Ils le nomment donc ‘mpulungu’ qui signifie en langue mabi « escarpement, site accidenté ».  Arrivé au XIVème siècle sur un site dont les fouilles archéologiques faites à l’occasion de la construction de la centrale à gaz en 2007 montrent qu’il fut peuplé à l’âge du fer, les habitants de Mpulungu ont connu les périodes de la traite négrière qui le dépeupla, de la colonisation et du Cameroun indépendant. Le Chef actuel, Touli Pierre raconte : « les villages étaient plus haut, dans la forêt. Quand les Blancs sont arrivés, ils ont construit la route et obligés les populations à s’installer le long de celle-ci que nous étions obligés d’entretenir de force. Mais même arrivé en route, les gens ont gardé leurs habitudes de bibuuli (ancien site d’habitation en forêt pour les mashuambo ».


Six clans ont fondé ce village : les Sambvumbo (premiers arrivés), suivis des Sabama, des Nti, des Bibani, des Bimbèmdè venus de la côte sud par la forêt, et enfin arrivèrent les Sampann. Ils tombèrent d’accord pour que la chefferie soit tournante selon les capacités de leadership majoritairement identifiées chez un individu. Le premier chef de l’ère moderne (XXème siècle) s’appelait Mpfuô Schuông, un Sambvumbo également collecteur des impôts pour les Blancs, puis ce fut Ndungu un Bibani. Après c’est Ngalle Nshuông un autre Sambvumbo qui dirigea le village. La chefferie repart chez les Bibani avant d’atterrir chez les Nti par Tsinda d’abord et son successeur Touli Pierre, en place depuis 1983.


« Pendant la colonisation, Mpulungu perdit beaucoup d’enfants à cause des Blancs qui avaient institué le travail forcé. Les chefs étaient chargés d’identifier les jeunes hommes robustes et vigoureux et de les réunir sur les plages où se faisait la sélection des gens qui étaient enrôlés pour casser la forêt et créer les plantations industrielles à Njombé, Tiko, Mundemba ou Victoria. On les emmenait et ils ne revenaient jamais. Des centaines d’autres moururent à Njock près d’Eséka dans le chantier du premier chemin de fer qui fut en 1904, une hécatombe, une boucherie humaine ».


Comme dans tous les villages Mabi, la population ici a toujours été imprégnée de la double culture forestière et marine qui caractérise ce peuple et qui l’amène à être simultanément agriculteur, chasseur ou pêcheur marin et des rivières. Grace à la méthode ésotérique du Bilendè, les gens ici furent de redoutables chasseurs d’éléphant et grands fournisseurs d’ivoire à l’officier allemand Hans Dominik passé maitre dans le négoce de l’ivoire au début du XXème siècle. Cette pratique rendant les jeunes hommes stériles, elle fut l’une des raisons de la révolte du King Biang de Mayessè contre les Allemands.


L’arrivée des Bapuku au XVIIIème siècle vint enrichir la diversité de la population. En grand navigateurs de tradition exclusivement maritime, ils s’installèrent sur la plage de Mpulungu et contribuèrent au syncrétisme culturel des Mabi qui apprirent d’eux beaucoup d’aspects de la culture côtière. Aujourd’hui, le nom officiel du village est Mpolongwe prononcé avec la syntaxe de la langue Bapuku mais dénué de toute signification étymologique.


Avec l’implantation sur ses terres de la centrale électrique à gaz, l’aspect rural de Mpulungu est en recul pour laisser la place à un quartier cosmopolite.